Un mythe est un mythe parce que les poètes le reprennent et l’empêchent de mourir. Nul ne doit ignorer celui de Phèdre, petite-fille du Soleil.  Jean Cocteau

 

"J'ignore le projet que la reine médite,

Seigneur. Mais je crains tout du transport qui l'agite..."

 

Dans un silence étouffant, on entend les battements d’un cœur. Obstinément, il lutte pour la vie. Ici commence l’histoire d’une femme traquée que l’amour entraîne en pleine tempête.  Phèdre, au bord de son gouffre palpitant nous entraine dans une chute infinie aussi crainte que désirée. C’est ce duel fatal entre Eros et Thanatos que nous allons vous présenter.

 

 

Bande annonce

" Phèdre est sans doute l’œuvre la plus psychanalytique du répertoire racinien. La mise en en scène proposée par la jeune Aura Coben rend compte de cette dimension dans une dramaturgie moderne, permettant au public de se réapproprier cette histoire puisant aux fondements de la mythologie de la Grèce antique. Mais les références au Panthéon d’Athènes, n’enferment pas les personnages dans leur destin ; le démiurge s’efface derrière leurs sentiments exacerbés.

 

Phèdre, visage grimaçant et livide, dévide son écheveau de souffrance,comme un « fil d’Ariane », d’une voix blanche. Elle se consume pour sa passion mortifère, vers un dénouement tragique. Hippolyte, flamboyant,est émouvant dans son rôle sacrificiel au père et à la raison d’Etat,pendant que le roi Thésée, dans un courroux qui l’égare fait trembler jusqu’aux « colonnes du Parthénon », se fourvoyant dans le châtiment injuste infligé à son fils. Captive et amoureuse, Aricie est presque lascive. Elle exprime avec séduction son engagement amoureux pour Hippolyte. Tous les personnages sont admirablement servis par des comédien-ne-s qui renouvellement par leur présence, leur jeu et leur talent, la tragédie classique.

Enfin Théramène,gouverneur et confident d’Hippolyte,tout en variations prosodiques soutient la fureur de Thésée. La scène du récit de la mort d’Hippolyte est un canon à deux voies, qui accentue l’effet de mélopée et d’épopée du récit au son d’un rythme funèbre joué au tambourin.Ainsi les personnages des confidents ne sont pas de simples faire-valoir de Phèdre, d’Hippolyte et de Thésée.

 

Libérée d’un carcan moral qui s’imposait au XVII siècle, la mise en scène est dépoussiérée d’un certain formalisme. Le drame est porté avec vigueur, dans une tension permanente avec une scansion  parfaite,  respectueuse de la prosodie de l’auteur. Difficile équilibre enfin,  d’une composition conjuguant les mythes anciens avec des destins amoureux fracassés. Car si Phèdre continue à captiver c’est justement parce que la force émotionnelle de la pièce autorise aujourd’hui ce renouvellement ; ce qu’Aura Coben avec sa troupe de comédien-ne-s ont parfaitement su restituer."

 

Théatralia (revue théâtre) juin 2015